Près d'un travailleur belge sur trois (31 %) présente aujourd'hui un risque de burn-out accru, selon une enquête menée auprès de 1 333 travailleurs et publiée par le réseau de recherche UGent@Work le 6 octobre 2026. La même enquête montre que 47 % effectuent des tâches inutiles, ou qui pourraient être faites plus simplement si le travail était mieux organisé. Ce n'est pas un détail : une méta-analyse de 2026 portant sur 145 études montre que ce type de travail va de pair avec le burn-out. Avant d'ajouter une nouvelle initiative bien-être, regardez ce que vous demandez à vos équipes.
Ce que montre la recherche
Les chiffres belges
UGent@Work a mesuré le risque de burn-out avec le Burnout Assessment Tool (BAT), un questionnaire validé de 12 questions.
- 17 % des travailleurs présentent un risque accru et 14 % un risque très élevé.
- Le risque est plus élevé à Bruxelles (44 %) et en Wallonie (36 %) qu'en Flandre (28 %). Il culmine à 36 % chez les 35-49 ans.
- Des chiffres antérieurs de Securex, cités dans l'étude, situaient cette part à 24 % en 2018 et à 29 % en 2021.
L'enquête a aussi demandé ce qui freine le travail :
- 58 % disent que leur organisation est très bureaucratique : chaque décision doit être validée plus haut.
- 53 % décrivent une lourde charge d'enregistrement et de reporting.
- 47 % effectuent des tâches inutiles ou qui pourraient être plus simples.
- 27 % disent ne pas avoir assez de temps pour terminer leur travail.
La pression du temps, la plainte classique sur la charge de travail, arrive en dernier des quatre. Les frictions pèsent plus lourd.
Le lien avec le burn-out
Les chercheurs ont un nom pour ce type de travail : les tâches illégitimes. Ce sont des tâches qui sortent de ce qu'on peut raisonnablement attendre d'un travailleur, parce qu'elles paraissent inutiles ou déraisonnables pour sa fonction. Pensez au double encodage, au rapport que personne ne lit, à la signature qui n'apporte rien.
- Une méta-analyse de 2026 parue dans le Journal of Occupational Health Psychology a regroupé 145 études et 66 387 personnes. Les tâches illégitimes présentaient une corrélation corrigée de 0,57 avec le burn-out. Les auteurs qualifient les liens avec le bien-être et les attitudes de modérés à forts.
- Ces mêmes tâches allaient de pair avec une satisfaction au travail plus faible (-0,53), une intention de partir plus forte (0,44) et une performance plus faible (-0,27). Le lien avec la performance était plus fort dans les études qui la mesuraient plus tard (-0,40).
- Les tâches inutiles et les tâches déraisonnables étaient liées au burn-out dans une mesure comparable.
- Des études antérieures menées par Norbert Semmer ont montré que les tâches illégitimes prédisaient le burn-out, même en tenant compte des autres facteurs de stress. Sur un suivi de deux mois, elles prédisaient le ressentiment et l'irritabilité qui suivaient, alors que la tension ne prédisait pas les tâches illégitimes à venir.
L'explication des chercheurs : ces tâches menacent l'identité professionnelle. Une tâche inutile ne coûte pas seulement du temps. Elle dit aux gens que leurs compétences ne comptent pas. C'est un proche cousin d'un autre facteur de stress organisationnel que nous avons déjà abordé : le flou des rôles.
Ce que cela coûte à l'organisation
- Absences de longue durée. Fin 2025, 155 360 personnes en Belgique étaient en invalidité (plus d'un an d'incapacité de travail) pour dépression ou burn-out, selon les chiffres de l'INAMI. Le burn-out représentait à lui seul 55 802 personnes, soit 59 % de plus qu'à fin 2021. Et le retour reste fragile : lisez notre article sur la reprise du travail après un burn-out.
- Performance et départs. La même méta-analyse relie les tâches illégitimes à une performance plus faible et à une envie de partir plus forte, des coûts que les chiffres d'absentéisme ne captent pas.
- Risque juridique. Les employeurs belges doivent prendre les mesures nécessaires pour prévenir les risques psychosociaux au travail. La réglementation cite l'organisation du travail et le contenu du travail parmi leurs sources. Les circuits de validation et les rapports inutiles relèvent de l'organisation du travail. Une analyse des risques qui les ignore passe à côté d'une source que la loi nomme.
Pourquoi la réponse habituelle ne suffit pas
Quand une enquête révèle un risque de burn-out élevé, le réflexe habituel est d'offrir quelque chose à l'individu : un webinaire, une formation à la résilience, une semaine du bien-être. Le soutien individuel compte. Il aide à faire face aux exigences qu'on ne peut pas supprimer. Mais il ne peut pas effacer un rapport inutile.
Le réflexe inverse, un grand programme de changement participatif, n'est pas non plus une solution garantie. Une méta-analyse de 2026 portant sur 8 essais randomisés par grappes d'interventions organisationnelles participatives n'a trouvé aucun effet moyen sur la santé mentale. Les auteurs notent que les études aux résultats favorables avaient une participation active et structurée, répondaient aux besoins réels des travailleurs et tenaient compte du contexte.
Les travailleurs semblent le sentir. Dans l'enquête d'UGent@Work, l'adaptation des tâches et des horaires arrive en tête des mesures qu'ils jugent utiles (60 %). Pourtant, seuls 4 sur 10 disent que leur employeur propose quelque chose pour prévenir les problèmes de santé mentale, et beaucoup ne savent pas si c'est le cas.
La leçon : soyez précis. Nommez les tâches. Supprimez-les. Faites le point ensuite.
Ce que les RH et la direction peuvent faire ce trimestre
1. Mesurez les frictions dans votre analyse des risques psychosociaux
Ajoutez la question sur les tâches inutiles à votre prochaine enquête, à côté d'une mesure validée du burn-out comme le BAT. La question d'UGent@Work, traduite : « Je dois effectuer des tâches inutiles ou qui pourraient être faites plus simplement si les choses étaient mieux organisées. » Présentez les résultats par équipe, jamais par personne, et seulement au-delà d'une taille de groupe minimale.
2. Faites le tri dans ce qu'on peut arrêter
Demandez à chaque équipe : quelles tâches, quels rapports ou quelles validations supprimeriez-vous ou simplifieriez-vous ? Choisissez-en trois. Supprimez-les ou simplifiez-les dans les 90 jours, puis dites à l'équipe ce qui a changé. Commencez là où pointent les données belges : les circuits de validation et le reporting.
3. Facilitez les demandes d'adaptation, avant l'absence
Selon les règles de réintégration revues en décembre 2025, un travailleur qui risque de devenir incapable de travailler pour des raisons de santé peut demander à son employeur d'examiner si une adaptation de son poste de travail, ou un travail adapté ou un autre travail, est possible. Le but : éviter l'absence. Faites connaître cette possibilité et veillez à ce que les managers acceptent la discussion. Pour le contexte plus large, lisez notre article sur la réforme de l'incapacité de travail.
4. Dites clairement quel soutien existe
Un soutien que personne ne connaît n'aide personne. Dites ce qui est proposé, comment y accéder et que c'est confidentiel. Répétez-le, via les managers et pas seulement l'intranet.
Les limites de cet article
- Les chiffres d'UGent@Work proviennent d'une seule enquête auprès de 1 333 travailleurs de 18 à 66 ans travaillant au moins à mi-temps. L'échantillon est un échantillon aléatoire approché, contrôlé selon le sexe, l'âge, le niveau d'études, le statut et la région. Les données sont déclaratives, mesurées à un seul moment, et l'étude a été commandée par la Helios Foundation. Le rapport ne donne pas les dates de collecte.
- Un score au BAT est un signal de risque, pas un diagnostic. Le rapport ne cite pas la source de ses seuils, et les concepteurs du BAT qualifient eux-mêmes leurs seuils publiés de provisoires.
- Les chiffres de 2018 et 2021 proviennent d'échantillons Securex, pas de la même enquête : lisez la tendance comme une indication.
- Le rapport d'UGent@Work ne teste pas, dans ses propres données, le lien entre tâches inutiles et risque de burn-out. Ce lien vient de la méta-analyse, où la plupart des données sont corrélationnelles et plus de la moitié des études viennent de Chine. Les auteurs précisent qu'elle ne permet pas d'établir une cause.
- Nous ne connaissons pas d'essai qui ait testé la suppression des tâches inutiles comme intervention contre le burn-out. Les actions ci-dessus découlent des données sur le risque, pas d'un programme testé.
- La demande préventive d'adaptation du travail vient de l'arrêté royal du 17 décembre 2025, que nous avons lu via le résumé d'un secrétariat social. Vérifiez les détails avec votre service de prévention ou votre conseiller juridique.
- Les chiffres 2025 de l'INAMI sont provisoires, et le nombre d'incapacités de longue durée ne reflète pas seulement les conditions de travail.
FAQ
Quel est le risque de burn-out en Belgique en 2026 ?
Selon UGent@Work (octobre 2026), 31 % des travailleurs présentent un risque de burn-out : 17 % un risque accru et 14 % un risque très élevé. Le risque est plus élevé à Bruxelles et en Wallonie, et chez les 35-49 ans.
Qu'est-ce qu'une tâche illégitime au travail ?
Une tâche qu'on estime ne pas devoir faire, parce qu'elle est inutile ou déraisonnable pour sa fonction : double encodage, rapports que personne ne lit, validations qui n'apportent rien.
Les tâches inutiles causent-elles le burn-out ?
Elles y sont fortement liées. Sur 145 études, la corrélation corrigée avec le burn-out était de 0,57, et une étude longitudinale suggère que les tâches précèdent la tension, et non l'inverse. La plupart des données sont corrélationnelles : « facteur de risque important » est le terme honnête.
L'analyse des risques psychosociaux est-elle obligatoire en Belgique ?
Oui. Les employeurs belges doivent identifier les situations qui peuvent entraîner des risques psychosociaux, les intégrer dans l'analyse des risques et prendre des mesures de prévention, avec l'aide d'un conseiller en prévention aspects psychosociaux.
Evoluno prend en charge le volet humain, avec des psychologues, des coachs et une application d'auto-soin, pendant que vous corrigez le travail lui-même. Parlez à notre équipe.
Sources
- Dalle A, Annemans L, Baert S, et al. Mentaal welzijn op het werk in België. UGent@Work Policy Brief 28, 6 octobre 2026 (en néerlandais)
- Li C, Mostafa AMS. The outcomes of illegitimate tasks at work: a meta-analysis. Journal of Occupational Health Psychology, 2026;31(4):279-301. doi:10.1037/ocp0000435 (en anglais)
- Semmer NK, Jacobshagen N, Meier LL, et al. Illegitimate tasks as a source of work stress. Work & Stress, 2015;29(1):32-56. doi:10.1080/02678373.2014.1003996 (en anglais)
- Sakuraya A, Iida M, Imamura K, et al. Effects of participatory organizational interventions on mental health and work performance: a systematic review and meta-analysis. Journal of Occupational Health, 2026;68(1):uiag024 (en anglais)
- Schaufeli WB, De Witte H, Hakanen JJ, Kaltiainen J, Kok R. How to assess severe burnout? Cutoff points for the Burnout Assessment Tool (BAT) based on three European samples. Scandinavian Journal of Work, Environment & Health, 2023;49(4):293-302 (en anglais)
- INAMI : Nombre de personnes en invalidité en raison d'une dépression ou d'un burnout, évolution 2021-2025
- SPF Emploi, Travail et Concertation sociale : Risques psychosociaux au travail